« Tous les israélites, notamment les personnes portant la barbe, durent se réunir dans la cour et pendant que l’on brûlait les objets de leur culte, ils durent réciter leurs prières. Pendant ce temps, ils furent obligés de tourner en rond autour du feu, déguisés comme pour une mascarade »
Isaac De Jongh, interné à Dossin, non déporté.

Fait exceptionnel, cette humiliation grotesque a été photographiée par le SS Hermann Reimann. Selon l’une des employées juives du camp, « Reimann prenait infiniment de plaisir à ce spectacle dont il a même pris plusieurs photographies ».

© KD, Fonds Schmidt Le SS Hermann Reimann, auteur des photographies
Les Juifs très religieux sont, avec leur barbe et leurs papillotes, signes visibles de leur foi, des cibles de choix pour les SS du Sammellager. Peu avant le départ du Transport VIII, le 8 septembre 1942, les SS montent un spectacle grotesque dans la cour de la caserne. Ils rasent la moitié de la barbe de quelques détenus arrêtés à Anvers et à Bruxelles, les obligent à retourner leurs vêtements, peignent des croix gammées sur leurs vestes, maculent de boue les chapeaux que les religieux portent par tradition. Les SS boutent aussi le feu à des livres saints et des objets cultuels. Autour du bûcher, ces hommes ridiculisés sont contraints de se livrer à une danse infernale : les SS les obligent à entreprendre une ronde sans fin autour de la cour, en portant une table où trône un rabbin de Bruxelles, Josef Gelernter.

Josef Gelernter, 46 ans, est le rabbin de la petite synagogue orthodoxe de la rue de la Buanderie, arrêté à son domicile à Anderlecht avec sa femme, Ruchla Rubinstein, 49 ans, et sa fille, Sara, 11 ans, il est amené à Dossin le 2 septembre 1942. Les numéros 454 à 456 leur sont attribués sur la Transportliste VIII. Déportés le 8 septembre 1942, tous trois sont assassinés dans l’un des deux Bunkers de Birkenau, immédiatement après leur descente du train.
On ne possède pas de photo de la petite Sara.
Les quatre fils du couple ont été déportés par le premier transport.
© AGR-Police des Étrangers-Bruxelles
Wolf, Lejbus, David et Josué, arrêtés le 1er août 1942 et déportés respectivement à 23, 27, 20 et 17 ans. Aucun d’eux n’a survécu
L’intervention de leur père auprès du roi Léopold III et de la reine Élisabeth afin d’obtenir la libération de ses fils n’a eu pour seule réponse qu’un accusé de réception daté de 10 jours après la déportation de ses fils.
En analysant les rares photos retrouvées de ce tragique événement, l’historien parvient à identifier au moins 4 de ces 11 acteurs forcés.
Sur la première photo de cette série exceptionnelle, un coiffeur rase entièrement le crâne et le visage d’un homme. Akiba Ber Schreiber, photographié dans ce moment d’humiliation, est un courtier en diamants anversois, arrêté avec son épouse Sarah Prijs et son fils, Bernhard.

Amenés à Dossin le 30 août 1942, ils sont enregistrés pour le Transport VIII sous les numéros 511 à 513. Ils sont déportés à Auschwitz-Birkenau. Akiba Ber Schreiber, âgé de 63 ans, est bien trop âgé pour être sélectionné pour le travail. Son épouse de 42 ans est accompagnée de son fils de 14 ans, des âges limites pour être intégrés au camp. Il est vraisemblable que tous les trois aient été assassinés dans les chambres à gaz de Birkenau, les Bunkers I et II.
Nuta Czesner, 63 ans, horloger de Deurne, a été arrêté à son domicile, dans la nuit du 28 au 29 août, avec sa femme, Tyla Kroze, 55 ans et son fils, Jackie Czesner, 14 ans. Livrés à Dossin le 29, ils sont inscrits sur la liste du Transport VIII sous les numéros 112, 113 et 114.
© KD – Fonds Czesner
Nuta Czesner, Tyla Kroze et leur fils, Jackie Czesner, n’ont pas survécu
Leur fille, Anna Czesner, 19 ans, déportée par le Transport II, disparaît aussi en déportation
Comme la famille Czesner, David Van Cleef, un diamantaire de 58 ans et son épouse, Elisabeth Santeroos, 61 ans, sont aussi arrêtés dans la nuit de la rafle, chez eux, à Deurne. Amenés au camp de rassemblement le 29, ils sont parmi les premiers inscrits sur la liste du Transport VIII.
À l’arrivée sur la Judenrampe, ils n’avaient aucune chance d’en réchapper. Ils ont été assassinés à l’issue de la sélection.
Les quatre hommes sont identifiés sur les deux photos suivantes. Ni eux ni leur famille n’ont survécu.

